Les Kuluna en République Démocratique du Congo : violence, psychologie et répression

Article : Les Kuluna en République Démocratique du Congo : violence, psychologie et répression
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8 janvier 2025

Les Kuluna en République Démocratique du Congo : violence, psychologie et répression

Les Kuluna sont des gangs de jeunes criminels originaires de la République Démocratique du Congo (RDC), notamment à Kinshasa. Ces groupes armés, souvent équipés de machettes, terrorisent les populations locales en combinant racket, mutilations et meurtres. Le terme « Kuluna » vient du lingala et désigne un comportement de voyou ou d’homme violent.

Une violence qui défie les explications classiques

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette brutalité n’est pas uniquement motivée par la pauvreté ou la précarité de l’environnement urbain. Si c’était la pauvreté, les Kuluna se contenteraient de dépouiller leurs victimes sans chercher à les blesser ou à les tuer. Leur violence s’apparente plutôt à une quête de domination et de pouvoir psychologique, témoignant d’un profond déséquilibre social et psychologique.

L’environnement, un facteur indirect ?

Certains analystes font un lien entre les Kuluna et l’environnement au sens large. Non pas à travers les violences qu’ils commettent, mais en observant le cadre dans lequel ils évoluent

Les Kuluna grandissent dans des quartiers où les infrastructures sont absentes, et où l’insalubrité (comme les sachets plastiques qui jonchent les rues) reflète un abandon systémique. Cela peut renforcer leur sentiment de marginalisation. Le manque d’espaces éducatifs ou de loisirs dans ces milieux urbains contribue à alimenter un vide qui est souvent comblé par la violence et les gangs.

Cependant, ces observations ne suffisent pas à excuser leurs actes. Ce contexte ne doit pas être une justification, mais plutôt un point de départ pour comprendre le phénomène dans son ensemble.

L’action du gouvernement congolais : entre répression et prévention

Face à l’escalade des violences des Kuluna, les autorités congolaises ont décidé de prendre des mesures drastiques. L’opération « Zéro Kuluna« , menée depuis plusieurs mois, a permis l’arrestation de centaines de membres de gangs dans la capitale. Plus récemment, le ministre de la Justice a annoncé une nouvelle ligne directrice : les Kuluna arrêtés seront désormais condamnés à la peine de mort, marquant ainsi un tournant répressif dans la lutte contre ces gangs.

Avis neutre sur cette mesure

Cette décision suscite un débat dans la société congolaise et au-delà.

Les partisans de la peine de mort estiment que la sévérité est nécessaire pour dissuader les autres jeunes de rejoindre ces gangs. Ils voient cela comme une réponse proportionnée à l’ampleur des crimes commis par les Kuluna, notamment les meurtres gratuits et les mutilations.

Les opposants dénoncent une solution qui ne traite pas les racines du problème. Selon eux, la violence institutionnelle (comme la peine de mort) risque de perpétuer un cycle de brutalité et de ne pas s’attaquer aux causes profondes : la défaillance des structures éducatives, l’absence d’opportunités économiques et le vide moral.

Une analyse approfondie des causes

Les Kuluna ne se contentent pas de voler ; ils cherchent à terroriser et à affirmer leur suprématie. Cela traduit un déséquilibre psychologique, où la violence devient une manière d’exister et d’imposer leur contrôle sur autrui.

Dans de nombreux cas, ces jeunes évoluent dans un environnement où :

Les structures familiales sont fragiles ou absentes, les institutions éducatives n’exercent pas leur rôle de transmission des valeurs fondamentales, comme le respect de la vie humaine, les modèles positifs manquent, laissant place à une glorification de la violence comme un moyen légitime de s’affirmer.

Si l’opération « Zéro Kuluna » peut apporter une réponse immédiate au climat d’insécurité, elle ne pourra à elle seule éradiquer ce problème. Une approche plus globale, incluant des réformes éducatives, un encadrement des jeunes et une amélioration des conditions de vie dans les quartiers défavorisés, reste indispensable pour briser le cercle vicieux de la violence. La RDC doit se demander si la seule répression peut suffire, ou si un travail en profondeur sur la reconstruction des valeurs et des structures sociales n’est pas la véritable clé pour éradiquer les Kuluna.

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